La recherche en cancérologie Recherche clinique, fondamentale et translationnelle

Le domaine de la recherche en cancérologie est vaste, il peut cependant être divisé en deux parties : la recherche fondamentale et la recherche clinique. Par ailleurs, ont défini aussi la recherche translationnelle comme les études scientifiques capables de créer des ponts entre la recherche fondamentale et la recherche clinique.
 
 

La recherche fondamentale

 
La recherche fondamentale en cancérologie a principalement pour but d’identifier et de comprendre l’ensemble des mécanismes qui interviennent dans le développement ou le traitement de cancers. Elle est pratiquée en laboratoire par des chercheurs ou des médecins-chercheurs, la majorité de ces laboratoires faisant partie de l’INSERM : l’Institut National de la Santé Et de la Recherche biomédicale et du CNRS: Centre National de la Recherche Scientifique.
 
Les modèles biologiques utilisés en recherche fondamentale ne se limitent pas à l’homme. A titre d’exemple, l’identification de gènes responsables de prédispositions à certains cancers peut-être étudié chez des modèles canins qui présentent des maladies homologues à celles présentes chez l’homme (UMR 6061, université Rennes I).
 
Les sujets étudiés dans le cadre de la recherche fondamentale en cancérologie sont très nombreux. En Bretagne, les unités de recherche fondamentale en lien avec la cancérologie travaillent dans des disciplines très variées. On peu citer l’étude des mécanismes génétiques, cellulaires et moléculaires mais aussi l’étude de l’influence des facteurs environnementaux sur l’apparition des cancers. D’autres recherches ont pour but d’aider les médecins dans leurs prises de décision face au cancer grâce par exemple à l’élaboration d’outils de modélisation décisionnelle ou encore en améliorant l’analyse et le traitement des informations médicales.
 
Les aspects étudiés en recherche fondamentale ne se limitent donc pas à la recherche de nouveaux traitements, la prévention, les outils d’investigation, ou encore l’accompagnement des malades, peuvent aussi être étudiés. Si un nouveau traitement ou un nouveau dispositif s’avère efficace, il est alors soumis à des tests précliniques. Si ces premier tests s'avèrent prometteurs, il y a administration du traitement à l’homme au cours d’essais cliniques. Ce sont ces essais cliniques qui sont regroupés sous le terme de recherche clinique.
 
 

La recherche clinique

 
La recherche clinique regroupe l’ensemble des essais cliniques visant à obtenir l’autorisation de mise sur le marché d’un traitement ou d’un dispositif. En France, depuis 1988, les essais cliniques sont encadrés juridiquement par la loi Huriet qui a été régulièrement renforcée depuis. Par ailleurs, un texte détaillant les bonnes pratiques cliniques (BPC) est régulièrement mis à jour et publié au journal officiel afin de guider l’ensemble des acteurs de la recherche clinique: BPC disponible ici.
 
Tout nouvel essai clinique est soumis à une autorisation de l’ANSM ainsi qu’un avis du comité de protection des personnes (CPP). Vous trouverez sur le site dédié du ministère de la santé des explications détaillées sur les aspects réglementaires de la recherche clinique. En substance l’ensemble de ces procédures et textes de loi ont pour but d’assurer un point primordial :
 
L’intérêt des personnes qui se prêtent à une recherche prime toujours sur les seuls intérêts de la science et de la société.

On distingue 4 phases dans les essais cliniques, chacune à des objectifs différents :
 
Phase I
En général, ces essais s’adressent à des volontaires sains rémunérés mais, dans le cadre des essais en cancérologie, ils s’adressent principalement à des patients malades. Le nombre de participants à ces essais est faible (entre 20 et 100 sujets). Ils ont pour but d'évaluer la tolérance du traitement chez les sujets et de déterminer l’éventuelle toxicité du traitement et ainsi que la pharmacocinétique chez les sujets.
 
Phase II
Les essais de phase II se subdivisent en 2 phases, la phase IIa et la phase IIb, les essais de cette phase ont pour but de déterminer la dose optimale du traitement chez les sujets en s’appuyant sur la relation dose-effet. Les essais de phase IIa s’adressent à des cohortes de 100 à 200 sujets malades, ceux de phase IIb peuvent être proposés à 500 sujets malades.
 
Phase III
Les essais de phase III comparent le nouveau traitement au traitement de référence. Ils ont pour objectif de démontrer l’efficacité du nouveau traitement par rapport aux traitements déjà utilisés. Les groupes de ces essais peuvent atteindre plusieurs milliers de participants. C’est à l’issue de la phase III que la demande d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) est déposée au près des autorités compétentes. On distingue les essais de phase IIIa conduits avant la soumission de la demande d’AMM de la phase IIIb conduite après la soumission mais avant l’acceptation.
 
Une fois qu’un traitement a passé avec succès ces trois phases d’étude il peut obtenir l’AMM. Cependant, malgré sa commercialisation le traitement est encore soumis à des études de phase IV.
 
Phase IV
Ces essais étant réalisés après la commercialisation du traitement, ils permettent d’évaluer le traitement en condition réelle d’utilisation sur plusieurs milliers de personnes. Ils permettent d'approfondir la connaissance du médicament dans les conditions réelles d’utilisation, d'évaluer à grande échelle sa tolérance et détecter les effets indésirables rares qui n’auraient pas pu être mis en évidence dans les plus petits échantillonnages.
 
 

La recherche translationnelle

 
En cancérologie, la recherche translationnelle prend une importance de plus en plus significative. Concrètement, elle permet d’établir des ponts entre la recherche fondamentale et la recherche clinique. Si la recherche fondamentale se focalise sur la compréhension des mécanismes aboutissant au traitement des cancers et la recherche clinique sur le traitement des patients, la recherche translationnelle a pour ambition de créer des transferts bidirectionnels de connaissances entre ces deux entités. Ses flux font, dans un sens, bénéficier directement les patients d’analyses ou d’observations issues de recherches fondamentales et, dans l’autre sens, ils mènent au développement de nouvelles voies de recherche fondamentale prometteuses issues d’observations cliniques.


La recherche translationnelle est aujourd’hui un enjeu majeur car elle accroit considérablement l’efficacité des recherches classiques en les guidant vers les domaines d’études les plus prometteurs. Ce type de recherche à déjà montré sa valeur. Ainsi, dans son bulletin de Juin 2009, le comité éthique cancer relevait les points suivants : « La recherche translationnelle assure le continuum entre la recherche fondamentale et la recherche clinique. Elle doit se développer à proximité du patient afin de permettre un flux bidirectionnel des connaissances de la recherche fondamentale vers son application au patient et des observations faites chez le malade vers la recherche fondamentale. En cancérologie, elle a deux objectifs :

– tester la pertinence d’une hypothèse biologique pour le diagnostic, le pronostic, le traitement, la prévention ou l’analyse du risque de cancer :

– déterminer les bases biologiques d’une observation faite en clinique ou dans une population.

Un des objectifs prioritaires est d’identifier et de valider des marqueurs biologiques (biomarqueurs) pour le diagnostic et le traitement des cancers, en utilisant les technologies les plus innovantes au bénéfice des patients.

En 2005, une équipe de chercheurs de l’Inserm, dirigée par William Vainchenker, montre que la polyglobulie de Vaquez est due à la mutation d’un gène, JAK2. C’est une maladie où les globules rouges se multiplient de façon anarchique avec risque de thrombose voire de transformation en leucémie. C’est une avancée majeure. La recherche translationnelle a alors étudié les mutations de JAK2 dans d’autres maladies du sang et les a recherchées dans des tumeurs solides pour vérifier que ce gène n’y était pas impliqué. Un test diagnostic a été mis à disposition dans les deux ans. Des industriels du médicament ont cherché des molécules capables d’inhiber JAK2 muté et, seulement trois ans après la découverte, les premiers médicaments sont entrés en études cliniques

En 2002, une équipe néerlandaise dirigée par Laura Van’t Veer publie la première signature génique dans les cancers du sein. Ils ont analysé les tumeurs de 117 femmes opérées d’un cancer du sein, sans ganglions envahis. On sait que la plupart de ces femmes n’ont pas besoin de chimiothérapie après la chirurgie, mais que la maladie va rechuter pour une proportion non négligeable d’entre elles, sans que l’on sache bien prédire quelles sont ces femmes qui nécessitent de la chimiothérapie. Analysant les gènes exprimés dans ces tumeurs, les chercheurs ont identifié une signature de 70 gènes qui permet de différencier les tumeurs à risque de rechute de celles qui ne vont pas rechuter. Pour vérifier l’hypothèse, une grande étude européenne de recherche clinique, l’étude Mindact5, a été lancée en 2007 pour montrer si cette signature permet de réserver la chimiothérapie aux femmes qui doivent en bénéficier. Parallèlement, les chercheurs explorent certains des gènes de la signature pour comprendre leur rôle biologique (recherche fondamentale). »